L’enlisement du conflit dans les universités françaises révèle plus qu’un malaise, une crise sociétale. Beaucoup d’articles ont été écrits sur le sujet, bien meilleurs, plus fouillés et plus argumentés que je ne saurais le faire.
Une récente tribune de Marie-Jean Sauret, dans l\’Humanité du 11 mai, résonne avec les inquiétudes profondes que je nourris sur l’enseignement universitaire en France, et sur celui de l’histoire de l’art en particulier. Je partage avec l’auteur l’amer constat que l’enseignement universitaire est en grave danger, que l’économie néolibérale veut “réduire le savoir à des connaissances monnayables”, et que nous nous préparons à voir se “faire le ménage parmi les disciplines et les théories dérisoires, inutiles… voire pernicieuses…”
Parmi ces dernières, l’histoire de l’art, menacée plus qu’on ne pourrait l’imaginer. Dans la liste établie par l\’Agence d\’évaluation de la recherche et de l\’enseignement supérieur pour juger de la qualité des contributions des enseignants-chercheurs, dans les sciences humaines, on cherche vainement des revues d’histoire de l’art ! Quelques rares titres, aucune revue française…
Qu’est-ce à dire ? Qu’aucune revue d’histoire de l’art, en France, n’est d’un niveau suffisant pour figurer dans la liste, pas même en catégorie C ? Serait-ce plutôt que ceux qui ont établi cette liste ignorent tout de cette discipline, jusqu’à méconnaître les revues, et il y en a, pourtant, dans lesquelles publient les enseignants-chercheurs en histoire de l’art, et quelques conservateurs et autres spécialistes ?
Il me semble que la question est beaucoup plus sournoise. Ce n’est pas un oubli, pas une simple méconnaissance du domaine. L’histoire de l’art est perçue par ceux qui veulent “rationaliser” l’enseignement supérieur, et qui s’y attèlent sous couvert de meilleure évaluation des enseignants-chercheurs, comme une discipline inutile. D’ailleurs, il n’existe même pas de CAPES d’histoire de l’art, et si l’histoire des arts est devenue obligatoire au collège depuis la rentrée de septembre 2008, son enseignement est confié, à horaires constants, aux professeurs de français, d’histoire, d’arts plastiques, de musique…
Ceux qui ont “oublié” les revues d’histoire de l’art dans la liste de l’AERES appartiennent à cette catégorie de gens qui pensent que l’art n’est qu’un supplément d’âme, au mieux, et que l’Etat n’a pas à financer la Culture. L’art ne serait au mieux qu’un raffinement que pourraient s’offrir ceux qui en ont les moyens. Les crédits alloués par l’Etat aux musées français, depuis plusieurs années, n’ont cessé de baisser, réduits à bien peu de choses. Il ne sert donc à rien d’enseigner l’histoire de l’art à l’Université.
La perversité de ce classement de l’AERES doit être mesurée sur quelques années. Dans dix ans voire plus tôt, lorsque d’autres gestionnaires - ou ceux qui sévissent déjà - feront le bilan des contributions des enseignants-chercheurs en histoire de l’art, ils s’apercevront que ces derniers ne publient rien, en tout cas rien dans les revues reconnues. Ils auront alors toute latitude pour faire disparaître l’enseignement de l’histoire de l’art des universités françaises, en n’ouvrant plus de postes, car ce seront des postes qui ne pourront plus être évalués, qui seront donc gênants, et inutiles…
J’appartiens peut-être à une espèce en voie de disparition, celle des étudiants formés à l’Ecole du Louvre et à l’Université en “histoire de l’art et archéologie”. Il ne m’a pas semblé que mes études supérieures avaient moindre valeur que d’autres. D’ailleurs elles m’ont permis de réussir un concours de haut niveau, celui de conservateur du patrimoine. Mais que valent les concours ? Mais formera-t-on encore demain des conservateurs ? Pas sûr, si la culture ne relève plus que du supplément d’âme et du jardin secret que seuls peuvent cultiver ceux qui en ont les moyens…
juin 2nd, 2009 at 23:35
“Re bonsoir”,
Rapidement parti à la fin de la “conférence rencontre”, avant le moment de convivialité, car j’avais un peu de chemin à faire pour rentrer dans mon “montmorillonnais en attente de l’État” (clin d’œil à Christian LEMAIGNAN)…
Vous parliez de la pétition lancé par “l’association histoire de l’art et archéologie” je me décide donc a faire un tour sur votre blog…
Votre article sur “l’histoire de l’art menacée” est très intéressant et met bien en relief vos propos de ce soir.
“Pour conclure”, vous et moi (a mon niveau!) nous nous battons pour que la culture ne soit pas qu’un simple supplément d’âme…
Eric M.