De la confiance

4 juin 2009

Les récentes provocations du gouvernement au sujet de l’autorisation de la fouille des élèves par les enseignants à l’école font du bruit. Elles ont été conçues pour ça, peut-être pour détourner encore un peu plus les électeurs du scrutin du 7 juin.

Mais sur le fond, elles sont inquiétantes. Pire, désespérantes.

Même s’il ne s’agissait que de chiffons rouges pour détourner les esprits des questions de fond dont il est urgent de débattre à quelques jours des élections européennes, ces propositions révèlent une conception désastreuse de la société et des rapports humains. Elles mettent en lumière une appréhension de la relation “maître - élève” (ou, pour faire moins désuet, “enseignant - apprenant”) basée sur un rapport de force que seule peut encadrer une surveillance musclée. On voudrait nous faire croire que nos enfants étudieront dans de meilleures conditions lorsque leur sécurité, priorité des priorités, sera assurée par un encadrement plus soucieux d’ordre, peut-être, que de pédagogie.

Plus encore que le procédé fallacieux, auquel l’exécutif ne cesse d’avoir recours, qui consiste à monter en épingle des faits divers dramatiques pour en tirer le prétexte de dispositions réglementaires, ce qui me choque dans cette affaire est la transformation profonde, déjà à l’oeuvre, de la nature des liens sociaux, en l’occurence des liens au sein de l’école. La surveillance, le contrôle, l’encadrement strict sont appelés à supplanter une relation basée sur la confiance mutuelle : celle de l’enfant à l’enseignant, indispensable pour permettre à l’élève d’apprendre car comment pourrait-il recevoir un savoir d’une personne en qui il n’a pas confiance ? ; celle de l’enseignant à l’élève car la confiance est indispensable dans l’apprentissage de l’autonomie vers lequel tend l’enseignement.

Je réfute ce modèle de société qu’on veut nous imposer, basé sur des relations de force* plutôt que sur la confiance. Je réfute cette vision de l’enseignant instrumentalisé pour contrôler plutôt que pour accompagner l’élève sur la voie de l’indépendance acquise par l’apprentissage et la conquête de l’esprit critique.

Heureusement, heureusement, je fais confiance à la grande majorité des enseignants qui puisent chaque jour l’envie de transmettre dans cette relation intangible, encore basée sur la confiance, qu’ils savent tisser avec leurs élèves. L’avenir de notre société est en jeu dans la qualité de notre enseignement. A tous les enseignants, je dis : continuez à former des esprits critiques, nous en avons plus besoin que jamais.

* et qui conduit à des absurdités, telles que l’arrestation d’enfants de moins de dix ans…



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